Archives
24 janvier 2012

 Protéine FKBP52 : une nouvelle piste dans la maladie d'Alzheimer ?

En janvier 2010, le Professeur Baulieu et ses équipes annonçaient une découverte majeure dans le traitement de la maladie d'Alzheimer et les démences séniles... provoquant espoirs et critiques. Aujourd'hui, de nouveaux résultats physico-chimiques et biologiques mettent en évidence une interaction entre les amas de protéines Tau anormales et la protéine FKBP52.

Présente naturellement chez l'être humain, la protéine FKBP52 pourra-t-elle diminuer de façon décisive l'action toxique des formes pathologiques de la protéine Tau dans les cellules nerveuses, caractérisant la maladie d'Alzheimer, voire l'inhiber ? De nouvelles données permettent de redonner espoirs aux patients et à leurs familles, qui ne disposent aujourd'hui que de traitements symptomatiques de la maladie d'Alzheimer.
D'un point de vue physico-chimique, les recherches publiées début 2012 dans la revue spécialisée internationale Journal of Alzheimer Disease ont pour la première fois permis de détecter un certain type d'anomalies cérébrales de patients décédés de maladie d'Alzheimer. « Nous avons fait appel au Pr. Charles Duyckaerts, directeur de la Banque de cerveaux à l'hôpital de la Salpêtrière, pour comparer des cerveaux "Alzheimer" avec des cerveaux "contrôles" ayant appartenu à des personnes du même âge décédées pour d'autres raisons. Les résultats obtenus indiquent une diminution considérable de la FKBP52 cérébrale chez les malades d'Alzheimer et d'autres démences connues sous le nom de Tauopathies (maladies de la protéine Tau), se réjouit le professeur Etienne-Emile Baulieu, à l'origine de la création de l'Institut du même nom en 2008. Simultanément, la concentration de Tau hyperphosphorylée (pathogène) est augmentée dans les cerveaux des malades. »

Les poissons-zèbres comme modèle animal

Les collaborateurs du Pr. Baulieu étudient aussi l'évolution de la maladie et les lésions cérébrales sur des modèles animaux. Mais la recherche sur des souris transgéniques tauopathiques étant trop longue (plusieurs mois ou années), l'équipe du professeur Baulieu, en collaboration avec le Dr. Marcel Tawk (Inserm ; publication à venir), étudie à présent les altérations du développement cérébral sur un modèle de poissons-zèbre établi selon la méthode du Dr. Dominik Paquet (Allemagne). Les premiers résultats ont permis en quelques mois de découvrir l'existence de FKBP52 chez le poisson-zèbre et d'obtenir la confirmation d'un effet sur une protéine Tau pathogène. « Ces résultats marquent un tournant dans la compréhension d'un mécanisme pathologique important et l'intérêt d'une hypothèse anti-Tau thérapeutique. Nous cherchons à booster la protéine FKBP52 pour en faire l'antidote de la protéine Tau anormale, indique le Professeur Baulieu. Nous allons sélectionner des candidats médicaments qui se lieront à FKBP52 et en modifieront le fonctionnement. Cette étape nécessitera deux à cinq années de travail et trois à cinq millions d'euros », précise t-il. Mais, les espoirs d'avoir un traitement efficace chez l'homme sont encore lointains.

Mise au point d'un test diagnostic

Un autre axe de travail, à plus court terme, est celui de la mise au point d'un test prédictif. « Nous cherchons à utiliser la protéine FKBP52 comme indicateur de diagnostic précoce de la maladie en mesurant sa concentration dans le liquide céphalo-rachidien. Nous espérons concrétiser ce travail dans les deux à quatre prochaines années après un investissement d'environ trois millions d'euros. Nous n'excluons pas non plus de pouvoir faire ce test sur simple prélèvement sanguin, même si les espoirs sont encore faibles de ce côté là », précise le professeur.

Juliette Badina