Les "émergents", source de croissance des labos européens
Face aux mesures d'austérité, à l'érosion des brevets et aux régulations des prix sur les marchés matures, les pays émergents représentent une voie d'expansion pour les laboratoires pharmaceutiques européens.
Les experts de l'agence de notation Standard & Poor's estiment que la Chine, l'Inde et le Brésil vont respectivement prendre les 2e, 6e et 8e places du classement mondial du marché de la pharma à l'horizon 2015 (1). Derrière les Etats-Unis, numéro 1 mondial. Selon les données IMS Health, ces marchés évolueront à un taux de croissance annuel de 13 à 16 % entre 2011 et 2015 pour atteindre à cet horizon un marché combiné de 296 milliards de dollars.
Les infrastructures de soins sont amenées à se développer largement avec l'augmentation des dépenses publiques de santé : les investissements gouvernementaux représenteront respectivement 6 %, 4 % et 8 % du PIB en 2015, soit le double des taux relevés en 2010. L'évolution des modes de vie conduit en effet à une incidence plus élevée de maladies courantes dans les pays développés, tels que le diabète et le cancer. Ainsi, la Chine compte désormais 20 % des personnes atteintes de cancer dans le monde, avec 2,2 millions de nouveaux patients chaque année.
Les européens mieux positionnés
L'étude de Standard & Poor's vient de montrer que les bigs pharma du Vieux continent étaient mieux placées que leurs concurrentes américaines pour bénéficier de cette croissance. « Les laboratoires européens ont déjà posé les jalons de leur expansion dans les marchés émergents via les médicaments OTC et les génériques, analyse Olaf Toelke de Standard & Poor's à Francfort (Allemagne). Alors que les ventes en Europe de l'Ouest diminuaient en 2011, le chiffre d'affaires des labos a été tiré vers le haut par les ventes dans les zones émergentes (en croissance de 10 à 15%). Sanofi est particulièrement bien positionné, en deuxième position sur le marché pharmaceutique chinois, derrière la britannique AstraZeneca et devant son compatriote GSK. Les trois acteurs européens disposent également de positions fortes en Inde et au Brésil. Les marchés émergents seront ainsi la plus grande source de croissance des laboratoires européens sur les prochaines années », estime le cabinet. Les suisses Novartis et Roche et l'allemand Bayer enregistrent également de fortes ventes sur ces marchés.
Qu'en est-il aux Etats-Unis ? « Moins soumises aux pressions sur les prix et disposant d'une marge de croissance encore importante, les big pharma américaines enregistrent 40 % de leurs revenus sur leur marché domestique et y poursuivent leurs investissements », confirme Michael G. Berrian, analyste chez Standard & Poor's à Boston (Massachussetts).
Une évolution nécessaire de la propriété intellectuelle
A ce jour, aucune société pharmaceutique européenne n'a lancé de médicament breveté, à plus forte marge, sur ces marchés émergents. Ce sera la prochaine étape de leur développement. Mais le déploiement de ces produits va dépendre de l'évolution des lois sur la propriété intellectuelle en Chine, en Inde et au Brésil. Celles-ci ne sont pas encore pleinement mises en œuvre ou appliquées, malgré certains progrès ces dernières années. Le Brésil a notamment créé l'ANVISA (National Agency of Sanitary Surveillance), organe de surveillance du respect des brevets qui agit selon le modèle de la FDA. En Chine et en Inde les brevets ne protègent pas encore les produits pharmaceutiques innovants de manière efficace.
Néanmoins, les gouvernements prennent conscience qu'une loi de protection intellectuelle est une condition sine qua non pour rendre les médicaments innovants disponibles à un plus large éventail de leur population. Des laboratoires européens pourraient faire leur entrée dès cette année sur le marché des produits éthiques, estime l'agence Standard & Poor's. Notamment, par le biais de produits biologiques, plus difficiles à copier.
Juliette Badina
(1) La Chine, l'Inde et le Brésil étaient respectivement aux 3e, 7e et 12e places du classement mondial de la pharma en 2010.